Au cœur de cet échange, les dissidents arméniens Hovhannes Ishkhanyan et Narek Navasardyan soutiennent que la récente élection parlementaire a été systématiquement manipulée pour préserver le pouvoir de Nikol Pashinyan et permettre des décisions à portée géopolitique. Ils documentent des arrestations avant l’élection de figures de l’opposition et de responsables religieux, des poursuites ciblées, des irrégularités lors du dépouillement des votes (y compris une proclamation anticipée de victoire et des recomptages contestés), une manipulation des seuils électoraux visant à exclure un parti rival, et l’usage de ressources de l’État ainsi que des « pots-de-vin » en espèces. Les deux intervenants replacent ces dynamiques intérieures dans une stratégie régionale plus large : le soutien occidental et turcique à Pashinyan facilite le corridor proposé Zanguezour/TRIP reliant l’Azerbaïdjan et la Turquie et réduisant les liens de l’Arménie avec la Russie, au risque d’ingénierie démographique (installation d’Azerbaïdjanais) et de concessions territoriales. Ils soutiennent que ces développements menacent l’État arménien, affaiblissent les protections constitutionnelles, fragilisent l’armée et
Article
## Accusations de fraude électorale en Arménie
Ce qui ressort de la discussion, c’est l’affirmation d’une fraude massive, non limitée au seul jour du vote mais orchestrée sur plusieurs mois. La conversation met en lumière un tableau où arrestations ciblées, intimidations de figures locales et manipulations procédurales ont préparé le terrain électoral. Des responsables municipaux élus se retrouvent derrière les barreaux ; des leaders de l’opposition sont empêchés de mener campagne ; le calendrier et la communication autour du dépouillement ont été utilisés pour conférer une aura de légitimité prématurée aux résultats officiels. Tout cela nourrit l’argument selon lequel le verdict des urnes ne reflète pas la volonté populaire, mais un équilibre de forces construit en amont.
La narration collective décrit aussi des méthodes classiques de captation de l’électorat : largesse budgétaire hors-budget, annulation de sanctions administratives, mesures sociales présentées opportunément comme « cadeaux » avant l’échéance. Ces pratiques, associées à une annonce hâtive de victoire—alors que moins de 10 ou 15 % des procès-verbaux étaient comptabilisés—soulèvent une question juridique et politique fondamentale : quelle est la frontière entre stratégies de campagne agressives et violation de l’ordre constitutionnel ? La conversation insiste sur le caractère illégitime d’une proclamation anticipée émise par un acteur exécutif plutôt que par l’institution compétente.
Enfin, les intervenants de la vidéo insistent sur l’environnement répressif dans lequel s’exprime l’opposition : détentions préventives pour des prises de parole sur les réseaux, climat de peur après des assassinats de figures locales, et volonté de marginaliser des partis ayant obtenu des sièges. Ce contexte fragilise la crédibilité du processus démocratique et donne à la fraude alléguée une dimension systémique plutôt qu’isolée.
## Projet de corridor et objectifs régionaux
Un fil stratégique parcourt la discussion : l’idée que les enjeux électoraux intérieurs s’inscrivent dans un projet géopolitique plus vaste, souvent désigné sous le terme de « corridor » (Zanguezour, TRIP). La conversation avance que la configuration politique souhaitée par certains acteurs externes viserait à transformer la position géographique de l’Arménie en point de passage stratégique entre la mer Caspienne et la Méditerranée, en contournant des acteurs régionaux indésirables et en ouvrant des routes d’accès pour des intérêts économiques et militaires tiers.
Selon l’échange, l’intérêt pour ce corridor dépasse la simple ambition d’infrastructures : il serait question d’encercler ou de contenir des puissances régionales — notamment l’Iran — par une série d’alliances et d’axes de transit alignés sur des États turciques et des intérêts occidentaux. Les félicitations précoces venues de certains gouvernements étrangers sont interprétées comme la manifestation d’un soutien à une orientation géopolitique précise. L’argument central est que l’intégration de l’Arménie dans ce type de projet se ferait au détriment de sa souveraineté et de sa sécurité territoriale, et sans réel bénéfice partagé pour la population.
La discussion note aussi l’étrangeté d’un narratif de « développement économique » utilisé pour promouvoir ce corridor, tandis que les conséquences sociodémographiques et sécuritaires — déplacement de populations, tensions interethniques, vulnérabilité stratégique — sont passées sous silence. Autrement dit, l’argument avancé n’est pas seulement que le corridor favoriserait des intérêts extérieurs, mais qu’il représenterait une reconfiguration durable de l’espace politique régional, imposée à travers des instruments de pouvoir et de persuasion.
## Artsakh, réfugiés et menace pour l’État
Le thème de l’Artsakh — le Haut‑Karabakh — traverse la conversation comme une blessure ouverte qui conditionne la perception du présent. Les panélistes décrivent une séquence tragique : une partie du territoire perdue, l’exode de centaines de milliers de personnes et la crainte permanente d’un nettoyage ethnique. Pour eux, la remise de l’Artsakh à un État voisin n’était pas un simple calcul territorial mais le prélude à une logique d’élimination de la présence arménienne dans les zones concernées.
La discussion relie directement ces pertes à la politique intérieure : un gouvernement accusé d’avoir facilité ou légitimé la cession territoriale se retrouve jugé non seulement pour incompétence, mais pour complicité dans une stratégie qui fragilise l’existence même du peuple arménien en ces lieux. Le déplacement massif de populations entraîne des crises humanitaires, des pressions sur les ressources de l’État central et une montée de la radicalisation politique. Ce traumatisme collectif est présenté comme le catalyseur de mouvements de dissidence, mais aussi comme un levier de contrôle pour ceux qui promettent stabilité en échange d’une plus grande marge de manœuvre politique.
Au-delà de l’émotion, la conversation pointe une logique systémique : la perte d’un territoire stratégique affaiblit l’État et ouvre la porte à des projets d’intégration régionale qui ne tiennent pas compte de la sécurité nationale arménienne. L’afflux de réfugiés internes, la perte de patrimoine culturel et le sentiment d’abandon national sont autant de facteurs qui rendent la société arménienne vulnérable à des recompositions politiques dictées de l’extérieur.
## Vote de l’armée et problèmes de listes
Un autre aspect technique mais politiquement significatif abordé dans l’échange concerne le rôle des institutions militaires et de sécurité dans le processus électoral. La conversation soulève des interrogations sur les votes « institutionnels » — notamment ceux liés à l’armée — et sur la manière dont des listes électorales peuvent être manipulées pour favoriser certains résultats. L’idée n’est pas tant d’imputer une trahison collective aux forces armées qu’alerter sur la conjonction dangereuse entre exercice du pouvoir, contrôle administratif et recomptages peu transparents.
Les intervenants évoquent des cas où la composition des listes, le seuil de validation et les mécanismes de recomptage deviennent des leviers pour consolider une majorité fabriquée. À cela s’ajoute la pression exercée sur des catégories professionnelles clés — enseignants, personnels universitaires, fonctionnaires — qui, par des mesures disciplinaires ou des suppressions de départements, se trouvent réduites au silence. La conversation insiste sur l’effet de domino : lorsque des secteurs structurants sont neutralisés ou cooptés, la capacité d’un État à garantir des élections libres s’érode.
La question stratégique soulevée est celle de l’indépendance institutionnelle. Si l’armée, la justice et l’administration sont perçues comme politisées, la confiance dans la tenue d’un scrutin légitime se dissout. Le débat suggère que la réappropriation de ces institutions doit être un préalable à toute transition démocratique crédible.
## Réflexions finales sur l’avenir de l’Arménie
Ce qui émerge de l’échange, au-delà des dénonciations circonstanciées, est une inquiétude profonde pour l’avenir de l’Arménie : non seulement comme système politique, mais comme communauté nationale. La perte territoriale et la gestion contestée des processus démocratiques engendrent un sentiment d’isolement et d’urgence. Les intervenants voient l’Arménie à la croisée des chemins : soit elle retrouve un espace de souveraineté politique où les décisions sont principalement orientées par l’intérêt national, soit elle devient un point d’appui pour des projets géopolitiques extérieurs qui redéfinissent ses frontières — physiques et symboliques.
Cela implique plusieurs axes d’action implicites dans la discussion. D’abord, le renforcement des institutions indépendantes : justice, commissions électorales et universités doivent retrouver leur autonomie pour restaurer la confiance. Ensuite, la nécessité d’une stratégie diplomatique cl
Transcript
La prochaine Ukraine : l’Occident détruit l’
Arménie | H. Ishkhanyan & N. Navasardyan
Pascal Lottaz s’entretient avec les dissidents arméniens Hovanes Ishkanyan et Nare Navasardian au
sujet de la dernière élection en Arménie, des accusations de fraude, des arrestations de figures de l’
opposition, des pressions sur l’Église et du danger que représente le projet de corridor de
Zanguezour. Ils abordent également l’influence étrangère, la question de l’Artsakh et les raisons pour
lesquelles ils estiment que la souveraineté de l’Arménie est menacée. Liens : Aknandakan : Facebook
: https://www.facebook.com/aknandakan/ Instagram : https://www.instagram.com/ Site web : www.
aknandakan.org Substack : https://substack.com/@aknandakan Substack Neutrality Studies :
https://pascallottaz.substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre
profil : https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Boutique : https://neutralitystudies.com/shop
Don : https://neutralitystudies.com/donate Chapitres : 00:00:00 Introduction et présentation des
invités 00:02:42 Accusations de fraude électorale en Arménie 00:10:44 Soutiens étrangers et
premières réactions 00:15:33 Projet de corridor et objectifs régionaux 00:20:13 Pots-de-vin,
arrestations et répression 00:25:19 Artsakh, réfugiés et menace pour l’État 00:33:09 Astuce du seuil
et contestation du recomptage 00:38:38 Vote de l’armée et problèmes de listes 00:44:10 Pourquoi l’
opposition est restée calme 00:52:21 Réflexions finales sur l’avenir de l’Arménie
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, on vous propose un épisode spécial
consacré à l’Arménie. Je suis accompagné de deux dissidents venus de là-bas : Hovhannes Iskanyan
et Narek Navasardyan. J’espère avoir bien prononcé vos noms. Narek, Hovhannes, bienvenue, et
merci beaucoup d’être avec nous.
#Navasardyan
Merci, Pascal Lottaz, de nous avoir reçus.
#Pascal
Merci de nous recevoir et de nous donner quelques nouvelles. Et, Narek, est-ce que je peux te
demander, peut-être à toi d’abord, de nous dire très brièvement qui tu es ?
#Navasardyan
Bien sûr. Alors, j’ai d’abord étudié aux États-Unis. J’ai fait des études d’écriture et de marketing. En
rentrant ensuite dans mon pays, l’Arménie, j’ai d’abord travaillé pour la délégation de l’Union
-- 1 of 22 --
européenne, mais ça n’a pas duré. Puis, après la guerre de deux mille vingt, Hovhannes et moi, on a
fondé une ONG pour défendre les droits des Arméniens, parce qu’il était évident qu’il y avait une
grande conspiration contre notre nation. Depuis, on travaille à rassembler des documentaristes, des
photographes, des écrivains, et toutes les personnes intéressées par la cause d’une Arménie
souveraine et par la défense des droits des Arméniens.
#Pascal
Merci. Et Hovhannes, quel est ton parcours ?
#Ishkhanyan
Je suis réalisatrice de documentaires et écrivaine. J’ai fait un master en journalisme et en gestion
des médias en Géorgie, à l’Institut géorgien des affaires publiques. Et maintenant, comme Narek l’a
dit, surtout après deux mille vingt, quand une partie de l’Artsakh, la République d’Artsakh, a été
remise à cause de la guerre, nous avons commencé à agir. Parce que nous savions que nous
risquions un nettoyage ethnique et un génocide. Nous savions que ce gouvernement allait
reconnaître l’Artsakh comme faisant partie de l’Azerbaïdjan. C’est à ce moment-là que nous avons
commencé à travailler pour essayer d’empêcher toutes les tragédies qui allaient frapper notre pays.
#Pascal
Et Artsakh, vous voulez dire la province du Haut-Karabakh ?
#Ishkhanyan
Oui, le Haut-Karabakh. Le nom officiel, c’est la République d’Artsakh, comme c’est écrit dans la
constitution — la République d’Artsakh, oui.
#Pascal
D’accord, alors aujourd’hui, on est samedi treize juin. Dimanche dernier, il y a eu des élections très
importantes en Arménie. Est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous en avez retenu ? Peut-être d’
abord, quel est le résultat officiel ? Et ensuite, dans quelle mesure êtes-vous satisfaits de ce résultat
officiel ? On va peut-être commencer avec Hovhannes, puis Narek.
#Ishkhanyan
Tout d’abord, il faut bien comprendre que les élections ont été truquées. Et ce n’est pas le jour du
vote que ça s’est joué, ça a commencé bien avant. Surtout si on regarde le programme du Contrat
civil, le parti au pouvoir. Quand on lit ce programme, on y trouve une promesse qui viole la
Constitution, avec un contenu clairement xénophobe. Ils ont promis, noir sur blanc, de violer la
-- 2 of 22 --
Constitution arménienne par la force, en destituant le Catholicos, le chef de l’Église. Or, c’est une
violation de l’article dix-sept de notre Constitution, qui stipule que l’État et l’Église sont séparés.
Donc, pour que le public occidental comprenne bien, il faut savoir que nous, les Arméniens, avons
été contraints de participer à des élections menées sous des idéologies xénophobes.
Donc, il s’agit de violations de la liberté de conscience et de la liberté religieuse. Mais tout ça a
commencé bien avant, parce qu’ils ont commencé à monter des affaires contre des maires et des
responsables locaux — des maires élus, mais issus de l’opposition. Par exemple, dans la deuxième
ville d’Arménie, à Gyumri, le maire élu a tout simplement été emprisonné. Un autre, dans la ville de
Massis, a aussi été mis en prison à cause de son opposition. Et c’était du jamais-vu — des élections
sans précédent — parce que le chef de l’opposition faisait campagne alors qu’il était en détention.
Pour des élections nationales, une chose pareille ne s’était jamais produite. Et d’ailleurs, il a été
arrêté parce qu’en arrivant en Arménie, il avait déclaré : « Je vais protéger mon Église. »
Parce que vous savez bien que l’Église est attaquée par ce gouvernement, et moi, j’essaie d’agir
comme je peux. Alors, après ça, il a été arrêté. Et il a été arrêté sur ordre publié sur le Facebook du
Premier ministre. Vous imaginez ? Il a écrit sur Facebook : « Maintenant, vous allez voir ce qui va
vous arriver. » Et tout de suite, la sécurité nationale, la police, tout le monde est allé chez Samvel
Karapetian, et il a été arrêté. Aujourd’hui, il est en résidence surveillée, donc il ne peut plus parler
aux citoyens ni faire campagne correctement. Mais ce n’est pas seulement lui. Le quatrième parti, ils
essaient maintenant de l’exclure du Parlement. Pourtant, comme on l’a vu, ils ont bien obtenu leurs
sièges, et maintenant, on essaie illégalement de les en chasser. La deuxième personne de ce parti,
de cette faction, de cette coalition, c’était le chef du parti Meir Hayastan.
Il a été arrêté deux semaines avant le jour du vote. Et en plus, c’était le jour de la remise de diplôme
de son fils. Ils l’ont arrêté parce qu’il était le moteur de la campagne. Il avait remporté toutes les
élections locales précédentes : à Erevan, la capitale ; à Gyumri, la deuxième ville du pays ; et à
Etchmiadzin, l’une des plus grandes villes d’Arménie, la ville spirituelle, parce que le centre de l’Église
s’y trouve. Il avait donc gagné dans toutes ces élections, et ils l’ont arrêté deux semaines avant le
scrutin. Et pas seulement lui : ils arrêtaient aussi les personnes clés de l’organisation, ceux qui
faisaient tourner la machine. En faisant ça, ils paralysaient complètement le travail des partis.
#Pascal
Salut, juste une petite note rapide. La meilleure façon de soutenir cette chaîne, c’est de t’abonner
gratuitement à ma newsletter sur Substack. Tu peux aussi aider avec un abonnement payant, ou en
achetant quelques-uns de nos nouveaux produits sur neutralitystudies.com. Les liens sont juste en
dessous. À très vite là-bas.
#Ishkhanyan
-- 3 of 22 --
Le pire, c’est ce qui s’est passé vers deux heures du matin. À ce moment-là, à peine dix pour cent
des bureaux de vote avaient été dépouillés, peut-être quinze au maximum. Et là, ce type, Nikol
Pachinian, soutenu par l’Europe, il a donné une conférence de presse pour dire qu’ils avaient gagné
les élections. Il n’a même pas attendu. Il n’a même pas attendu ! Le dépouillement a été interrompu
à ce moment-là. Pendant une demi-heure, peut-être une heure, tout s’est arrêté. Le site de la
commission électorale était hors service, il ne fonctionnait plus. Et lui, il arrive, il fait sa conférence
de presse, et il déclare : “Nous avons gagné les élections.” Imaginez un peu : il y a deux mille cinq
bureaux de vote, et à ce moment-là, à peine une centaine avaient été comptés. Et selon la tendance
du dépouillement, les quatre partis étaient à peu près au même niveau. Si on additionnait, le Contrat
civil était en train de baisser, et les autres montaient.
Et puis, après cette conférence de presse, cette habitude a changé. Et à partir de là, on a compris
que c’était une violation de la Constitution, parce que c’est le comité central qui est l’institution
chargée d’annoncer les résultats des élections. Et lui, il est sorti, enfin, avant même qu’il sorte, le
Premier ministre de Géorgie a annoncé, enfin, a félicité la victoire de Nikol Pachinian alors qu’à peine
un pour cent des votes avaient été comptés. Vous imaginez ? Un Premier ministre d’un autre pays,
un pays voisin, qui ne respecte pas nos institutions, et qui vient féliciter le Premier ministre. Et en
plus, l’ancienne présidente de la Géorgie, Zurabichvili, a fait la même chose. Donc ces deux-là, l’un
après l’autre, ont félicité le Premier ministre alors qu’à peine un pour cent des bureaux de vote
avaient été dépouillés.
#Ishkhanyan
Donc, après cette annonce selon laquelle il aurait gagné les élections, tout devrait s’arrêter, parce
que c’est une violation de la Constitution. Ça veut dire que les élections sont truquées, et de manière
brutale. Et on ne devrait pas croire aux résultats qu’ils annonceront ensuite.
#Pascal
Mais comment est-ce possible ? D’un côté, on a eu toutes ces arrestations avant même l’élection, et
c’est sans précédent. Beaucoup d’entre elles visaient d’abord et avant tout l’opposition. Ensuite, bien
sûr, il y a aussi les responsables religieux, qui depuis des mois déjà ont été arrêtés et emprisonnés.
Et maintenant, on voit cette irrégularité flagrante dans la façon dont l’élection, le vote, est compté
ou présenté au public. Mais enfin, qu’est-ce que c’est que ça, et pourquoi la Géorgie ? Parce que la
Géorgie, en réalité, suit une trajectoire très différente de celle de l’Arménie, et elle a aussi ses
propres tensions, à la fois avec l’Occident et avec la Russie. Alors pourquoi la Géorgie a-t-elle été si
rapide à féliciter Pachinian ?
#Navasardyan
-- 4 of 22 --
Il me semble que Pachinian a reçu à l’avance une sorte de carte blanche de la part de tous ces
acteurs extérieurs, pour faire, en gros, tout ce qu’il fallait afin de gagner les élections. Donc ce n’est
pas seulement la Géorgie. On le voyait bien avant le scrutin, avec tous ces grands événements de l’
Union européenne — Macron se promenant dans les rues d’Erevan, expliquant que tout cela aurait
été impossible sous les anciens gouvernements, ceux qui étaient plus centrés sur les droits
arméniens et moins sur les priorités de ces acteurs occidentaux extérieurs. L’Union européenne a d’
ailleurs alloué, je crois, deux ou trois millions d’euros pour, comme ils disent, lutter contre la
désinformation venue de Russie, mais en réalité, ils ont mené leurs propres campagnes de
désinformation pendant ces six années.
Et en fait, plus encore, on n’a vu absolument aucune réaction de la part des acteurs européens à
tout ce qui se passe en Arménie. Le maire de Karakash, un maire élu de l’opposition, a été abattu.
Aucune réaction. Le maire d’Egumdi, comme Jovanes l’a mentionné, a été emprisonné. Là encore,
aucune réaction. Aujourd’hui, il suffit d’écrire quelque chose sur Facebook ou de parler dans un
podcast contre Pachinian pour risquer d’être placé en détention préventive pendant deux mois. Et
peut-être qu’ils font juste ça pour vous faire perdre votre temps, vos ressources. Le régime est
devenu de plus en plus autoritaire, de plus en plus violent.
Et pour comp