Andrey Ivanov soutient que le déclin de l’hégémonie américaine met à nu la faillite du libéralisme contemporain tel qu’il est pratiqué — non pas les idées de Mill ou de Locke, mais le « combat pour la liberté » façonné par Hollywood. S’appuyant sur son enfance soviétique en Ukraine puis sur sa carrière universitaire et de consultant, il retrace des inflexions intellectuelles provoquées par la crise financière de 2008 : les hypothèses néoclassiques d’un marché efficient et autorégulé s’effondrent face aux défaillances du monde réel (asymétries d’information, externalités, concentration, capture réglementaire). Ivanov soutient que ces réalités structurelles s’accordent davantage avec les analyses de classe marxistes qu’avec le dogme néolibéral. Il diagnostique également une capture épistémique persistante au sein des institutions occidentales : les incitations à la recherche, les sources de financement et le conservatisme des programmes reproduisent des cadres orthodoxes qui façonnent la compréhension publique de crises telles que l’Ukraine et l’Iran. La sélection médiatique et les signaux partisans génèrent une « propagande » apparemment innocente en amplifiant certaines voix, produ
Article
## Échec du marché après 2008
La crise financière de 2008 a agi comme un révélateur : les certitudes du marché libre dont on enseignait la supériorité se sont confrontées à des faits qui les contredisaient frontalement. La discussion avec Dr. Andrey Ivanov rappelle que l’économie néoclassique repose sur des hypothèses extraordinairement restrictives — information parfaite, atomicité des acteurs, absence d’externalités, coûts de transaction nuls — qui ne tiennent pas dans le monde réel. Dès qu’on relâche une seule de ces conditions, le fonctionnement supposé « optimal » des marchés se délite. L’échec n’est pas seulement théorique ; il est manifeste dans la concentration capitalistique, la persistance des monopoles, la financiarisation des activités productives et l’apparition d’externalités massives comme le changement climatique.
Plus que de simples erreurs de modèle, ces défaillances révèlent une crise d’indicateurs : mesurer l’efficacité en termes de Pareto ne dit rien de la justice, de l’équité ni du bien-être collectif. Comme le mentionne la conversation, on peut imaginer un monde où une personne possède tout — théoriquement « Pareto-efficace » — et cela resterait inacceptable. La crise de 2008 a donc forcé certains intellectuels à revisiter des traditions économiques marginalisées, allant d’Akerlof et Stiglitz jusqu’à des analyses plus proches du marxisme, non comme nostalgie idéologique mais comme outils analytiques capables d’expliquer l’accumulation, la concentration et la capture politique.
Enfin, l’effet le plus pernicieux est la confiance qu’on continue d’accorder à des modèles inadéquats pour concevoir les institutions publiques. Plutôt que de repenser les règles du jeu, de nombreux décideurs ont préféré bricoler autour d’un paradigme défaillant : relances, renflouements et régulations incapables de s’attaquer aux causes structurelles. Le résultat est une confiance érodée dans les institutions économiques et une ouverture à des visions alternatives de l’organisation sociale.
## Incitations académiques et dogme
La persistance du dogme néolibéral dans les cursus universitaires ne s’explique pas seulement par l’ignorance ou l’inertie intellectuelle, mais par un ensemble d’incitations structurelles. La conversation souligne que la production académique elle-même fonctionne selon des mécanismes de récompense : publier des confirmations de théories dominantes ou produire des « contre-exemples » spectaculaires peut propulser une carrière. Mais enseigner, formuler des programmes et orienter la formation des élites dépend très largement des sources de financement — États, industriels, philanthropes puissants — qui ont leur intérêt à préserver un cadre intellectuel favorable à l’ordre existant.
Ce lien entre finance et curriculum explique pourquoi l’hétérodoxie, bien qu’existante, reste marginale dans la formation des décideurs. Les rares centres qui cultivent des approches alternatives n’alimentent pas nécessairement les organes du pouvoir. Ainsi, le système académique participe sans le vouloir à la reproduction sociale des élites : il forme des professionnels qui intuitivement et matériellement défendent le statu quo. Dans ce sens, la science sociale devient elle-même un terrain de lutte d’intérêts, où la neutralité est souvent un vernis masquant des choix politiques profondément ancrés.
La conséquence est double : d’une part, des solutions politiques potentiellement efficaces sont ignorées faute d’alignement avec les intérêts dominants ; d’autre part, un fossé se creuse entre la recherche critique existante et la capacité des sociétés à intégrer ces savoirs dans la pratique publique. La réforme des incitations académiques apparaît donc aussi urgente que la réforme des institutions économiques.
## Cadrage de l’Ukraine et croyance publique
Le traitement médiatique et politique de la crise ukrainienne montre à quel point les récits publics peuvent se détacher des réalités sociales et historiques. La conversation insiste sur la complexité des identités dans les régions d’Ukraine : langues, héritages multiples, héritage soviétique — autant de facteurs qui resistent à des narrations simplistes. Le cadrage dominant, qui réduit le conflit à une ligne morale binaire — démocratie contre autocratie, liberté contre oppression — ne rend pas compte des dynamiques locales ni des intérêts géopolitiques qui structurent l’action des grandes puissances.
Cette simplification narrative remodèle la croyance publique : les audiences finissent par embrasser une version partielle de la réalité, adaptée aux besoins diplomatiques et militaires de l’heure. La croyance devient alors performative : elle légitime des politiques, des sanctions, des soutiens militaires et, parfois, des escalades. La discussion met en garde contre l’effet d’entraînement de ces récits : en obscurcissant la pluralité des positions locales et la continuité historique, ils empêchent la construction de solutions véritablement politiques et durables.
Reconnaître la pluralité des expériences et refuser les cadres manichéens n’est pas un plaidoyer pour l’indifférence morale, mais un appel à l’honnêteté analytique : comprendre les fractures réelles permettrait d’élaborer des réponses plus ciblées, moins impulsives et moins déterminées par les impératifs de prestige ou d’hégémonie.
## Réécritures médiatiques et récits de guerre
Les médias jouent un rôle clé dans la fabrication des récits de guerre. La conversation met en lumière comment les événements sont souvent réécrits pour s’ajuster aux intérêts des acteurs politiques et militaires : les omissions, accentuations sélectives et constructions symboliques participent à une réécriture collective des faits. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il prend aujourd’hui une ampleur inédite grâce à la vitesse et la globalisation des flux d’information.
Les récits médiatiques ne sont pas neutres ; ils définissent ce qui est visible et ce qui ne l’est pas, ce qui mérite indignation et ce qui est normalisé. La capacité de certaines puissances à imposer un cadre interprétatif transforme le champ politique international : adversaires désignés, alliés sacralisés, informations jugées crédibles ou « désinformation » selon l’alignement stratégique. Cette bataille pour le sens influence l’opinion publique et les décisions élitaires.
Pour sortir de cette logique, la conversation suggère de cultiver une éducation médiatique robuste et une pluralité d’espace discursifs, où les récits minoritaires peuvent être entendus et confrontés sans être immédiatement neutralisés par le récit dominant. Cela implique aussi d’interroger le modèle économique des médias et les dépendances qui conditionnent leurs choix éditoriaux.
## Logique systémique derrière la puissance américaine
L’hégémonie américaine, telle qu’analysée au fil de l’échange, n’est pas uniquement le produit de supériorités morales ou technologiques, mais d’un ensemble systémique liant économie, capacités militaires, réseaux institutionnels et soft power. Cette logique systémique crée des effets d’auto-justification : pour maintenir la position de leader, les États-Unis structurent des instruments (alliances, bases, institutions financières internationales) qui entretiennent la dépendance d’autres acteurs.
Ce réseau est auto-réplicatif : il forme des intérêts matériels et idéologiques tant domestiques qu’internationaux, prêts à défendre le statu quo. Le reflux de cette puissance, alors, ne relève pas seulement d’une défaite stratégique ponctuelle mais de la remise en cause de la viabilité d’un système global fondé sur l’interventionnisme et l’exportation universelle d’un modèle politique et économique. Dans cette perspective, la « fin » de l’empire libéral est moins une chute dramatique qu’un lent processus de désalignement du consentement international — un moment où le récit universaliste devient de moins en moins crédible.
La conversation invite donc à penser la politique extérieu
Transcript
L’Empire « libéral » s’effondre. Enfin. | Dr
Andrey Ivanov
La fin de l’hégémonie américaine marque également le dernier clou dans le cercueil du libéralisme
naïf. Non pas les philosophies éloquentes de Mill, Locke ou Tocqueville, mais ce que 80 ans de
déformation hollywoodienne ont transformé en « lutte pour la liberté ». Aujourd’hui, je m’entretiens
avec Andrey Ivanov, consultant en stratégie en Nouvelle-Zélande et animateur de podcast. Liens d’
Andrey : Business Games : https://www.business-games.ai Business Games sur X : https://x.com
/BusinessGamesAI Quelques épisodes : https://www.business-games.ai/home-teams-and-halos/
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00:27 Racines soviétiques et évolution politique 00:06:13 Échec du marché après 2008 00:15:23
Incitations académiques et dogme 00:21:30 Cadrage de l’Ukraine et croyance publique 00:28:17
Réécritures médiatiques et récits de guerre 00:41:24 Logique systémique derrière la puissance
américaine 00:49:51 Classe de rationalité et rôle de l’État 01:03:37 Où suivre Andrey
#Pascal
Bienvenue à tous dans Neutrality Studies. Je m’appelle Pascal Lottaz, et aujourd’hui je suis avec
Andrei Ivanov, consultant en stratégie en Nouvelle-Zélande et podcasteur à ses heures. Andrei,
bienvenue. Merci.
#Andrey Ivanov
Merci beaucoup, Pascal. Je vous écoute depuis longtemps, mais c’est la première fois que j’appelle.
#Pascal
Merci beaucoup d’avoir appelé, c’est l’occasion de parler un peu de vous. On a déjà eu un bon
échange, et vous m’avez expliqué que vous aviez vécu beaucoup d’expériences qui apportent un
éclairage très intéressant sur la situation géopolitique actuelle. D’abord, le fait d’être né en Ukraine,
de vivre aujourd’hui en Nouvelle-Zélande, et d’avoir des origines juives. Est-ce que vous pouvez me
raconter un peu ce parcours, et comment vous comprenez la situation géopolitique dans laquelle on
se trouve aujourd’hui ?
#Andrey Ivanov
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Bien sûr. Alors, je voudrais préciser que je suis né en Union soviétique, parce que la région d’Ukraine
où je suis né n’était pas vraiment ukrainienne. C’est dans le sud du pays. Je n’ai jamais entendu
parler ukrainien dans la rue, nulle part. Mon grand-père, lui, est ukrainien de souche, originaire du
centre de l’Ukraine. Il parlait un très bel ukrainien. J’ai étudié l’ukrainien à l’école, mais on parlait
tous russe. Donc, là d’où je viens, les Ukrainiens, on se considérait plutôt comme soviétiques, je
dirais. Et depuis la chute de l’Union soviétique, surtout ces dix dernières années, je réfléchis de plus
en plus à tout ça. Je pense que je me sens soviétique, plus que vraiment ukrainien.
En ce qui concerne mes origines, elles sont très variées. Il y a des racines juives, des racines
ukrainiennes, et aussi de très fortes racines allemandes, qui remontent jusqu’à la Prusse et à
Mayence. Et apparemment, il y avait même un révolutionnaire français qui, à une époque lointaine,
est parti en Russie et qui a été, d’une manière ou d’une autre, impliqué dans... Et il y aurait aussi,
semble-t-il, des origines roms. Donc c’est vraiment... Encore une fois, si vous connaissez un peu le
sud de l’Ukraine, vous savez que cette région est un vrai carrefour de cultures. Voilà pour les
origines ethniques. En ce qui concerne... Vous m’aviez demandé la partie politique, c’est ça ? Ah oui,
la géopolitique, d’accord. Bon, alors, sur le plan politique, ça a commencé...
#Andrey Ivanov
Probablement dans un camp très libéral. Et pendant très longtemps, j’ai vraiment fait partie de ce
camp libéral. La raison pour laquelle nous avons quitté l’Ukraine, au départ, c’est qu’après la chute
de l’Union soviétique, tout a commencé à s’effondrer. À cette époque, le service militaire était
obligatoire, et mes parents ne voulaient pas que je sois enrôlé. Et puis, au milieu des années quatre-
vingt-dix, il n’y avait vraiment aucune perspective en Ukraine. Enfin… c’est encore pire aujourd’hui,
mais déjà à l’époque, c’était compliqué. Alors mes parents ont commencé à chercher où partir, et
finalement, nous nous sommes installés en Nouvelle-Zélande. Et c’est là que j’ai terminé le lycée.
Je suis allé à l’université d’Auckland, où j’ai étudié l’économie. Et je me suis assez vite retrouvé,
disons, dans le camp des libéraux du libre-échange, qui était d’ailleurs la théorie économique
dominante dans nos cours. Après ma première licence, je suis parti en Allemagne pour faire un
doctorat à l’université de Mannheim. J’y suis resté dix ans, d’abord pour étudier, puis aussi pour
travailler. J’ai terminé mes études exactement au moment de la crise financière mondiale, donc en
deux mille huit, quand la GFC a frappé. La Grande Crise Financière. Oui, c’est ça, pardon, j’utilise des
acronymes et…
#Pascal
Désolé, je... non.
#Andrey Ivanov
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Oui, oui, exactement. La crise financière mondiale de deux mille huit, c’était en plein dedans, en fait.
Et quand je repense à ce qu’on avait étudié, à la façon dont on nous avait enseigné tout ça, eh bien,
en théorie, ça n’aurait jamais dû se produire. Donc, quand on regarde les données empiriques et que
la théorie dit que quelque chose ne peut pas arriver, mais que les faits montrent que c’est bel et
bien en train d’arriver, on commence à revoir la théorie, pour essayer d’expliquer ces données. Alors
j’ai commencé à m’intéresser à d’autres écoles de pensée. Je connaissais un peu l’école autrichienne,
keynésienne, et d’autres encore. Mais, tu sais, la théorie classique, c’était celle qu’on étudiait le plus.
Et puis j’ai commencé à explorer différentes approches… à chercher ce qui pouvait expliquer tout ça.
Et depuis, c’est un peu devenu mon parcours personnel. Mais j’ai quitté le monde universitaire, donc
ce n’est pas devenu ma carrière. C’est resté plutôt un passe-temps, quelque chose que je faisais par
intérêt. J’ai quitté l’université pour devenir consultant en stratégie.
#Pascal
Tu sais, je suis content que tu aies dit que, quand les faits contredisent la théorie, tu as pris le
temps de revoir la théorie et de commencer à la remettre en question, plutôt que de douter de la
réalité empirique. Parce que certains économistes font exactement l’inverse. Je n’oublierai jamais cet
article dans The Economist qui disait que la crise de la dette au Japon était tellement grave qu’elle
brisait même les lois de l’économie. Franchement… vous, les économistes, parfois, c’est la théorie
avant tout, la théorie avant n’importe quelle preuve concrète. Bon, passons. Alors, quand on regarde
la manière dont, surtout en économie — l’économie néoclassique, mais aussi la logique néolibérale
— aborde le monde, qu’est-ce que tu t’es dit qu’il fallait revoir après la crise de deux mille huit, cette
crise qui a un peu pulvérisé les certitudes qu’on pensait avoir avant ?
#Andrey Ivanov
Euh, les marchés ne fonctionnent pas. Et, ironiquement, c’est… c’est en fait un fait bien connu en
économie. C’est juste que les gens ont tendance à l’ignorer un peu. Si on regarde, euh, le principe
fondamental, c’est cette idée de primauté du marché libre. Et, de façon assez ironique, on nous
enseigne dès le premier cours d’économie les conditions dans lesquelles ce système fonctionnerait et
produirait, disons, un résultat bénéfique. Alors, d’abord, le résultat bénéfique dont on parle, c’est l’
efficacité. Pas autre chose. Et plus précisément, l’efficacité de Pareto. Donc, la première chose, c’est
que les économistes s’intéressent à l’efficacité, pas à un résultat concret, mais à une situation qu’on
appelle « efficace au sens de Pareto ». C’est-à-dire, une situation où on ne peut pas améliorer le sort
de quelqu’un sans détériorer celui de quelqu’un d’autre.
#Pascal
Oui, l’efficacité de Pareto.
#Andrey Ivanov
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Oui, donc on peut très bien imaginer une situation où une seule personne possède absolument tout,
et où tous les autres, les huit milliards et demi restants, sont réduits en esclavage. Et ce serait quand
même une situation dite « Pareto-efficace », parce qu’on ne pourrait pas améliorer la condition de qui
que ce soit sans rendre cette seule personne moins bien lotie.
#Pascal
Exactement. C’est dans la définition même, non ?
#Andrey Ivanov
Oui, exactement. Donc, la première chose, c’est de comprendre que tout ce dont on parle repose sur
une erreur de base : on mesure la mauvaise chose. Tout part de là. Le deuxième point, c’est que
même pour atteindre cet objectif, les marchés libres ne fonctionneraient vraiment bien que s’ils
respectaient entre neuf et douze hypothèses très restrictives : information parfaite, absence de coûts
de transaction, un très grand nombre d’acteurs des deux côtés, donc pas de monopoles, et ainsi de
suite.
#Pascal
Prévision parfaite. Chaque acteur de l’économie sait exactement quel sera le prix demain. Tout le
monde. Et c’est considéré comme normal. Petite parenthèse rapide : j’ai été récemment banni de
YouTube. Même si je suis de retour, ça peut très bien se reproduire à tout moment. Alors, pensez à
vous abonner, non seulement ici, mais aussi à ma liste de diffusion sur Substack, à l’adresse
pascallottaz.substack.com. Le lien est dans la description juste en dessous. Et maintenant, on
reprend la vidéo.
#Andrey Ivanov
Oui, et ce n’est pas seulement ça. C’est aussi que, quand on parle d’information parfaite, ce n’est
pas juste que vous savez quelque chose. C’est que l’autre personne le sait aussi. Et vous savez que l’
autre personne le sait. Et vous savez que l’autre personne sait que vous le savez, et ainsi de suite.
En fait, ça va à l’infini… et ça n’arrive jamais vraiment. Donc, si on relâche ne serait-ce qu’une partie
de ces hypothèses, les marchés échouent. Il y a des économistes comme Joseph Stiglitz, qui ont eu
le prix Nobel en montrant justement ces défaillances du marché. Il y a aussi Akerlof. Ils ont montré
que, si on abandonne l’hypothèse d’information parfaite, ou même simplement d’information
symétrique — bon, peut-être pas parfaite, mais au moins symétrique — eh bien, le marché ne
fonctionne plus correctement.
Dès qu’il y a une asymétrie d’information, tout se dérègle. Ah, et les externalités, c’est un autre gros
problème. Pour que les marchés fonctionnent, et que les prix transmettent toute l’information
nécessaire, il ne faut pas d’externalités. Tous les bénéfices et tous les coûts liés à une action — que
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ce soit consommer ou produire quelque chose — doivent être entièrement intégrés dans ces prix. S’il
y a une externalité, comme le tabagisme passif par exemple… Quand vous fumez et qu’il y a d’autres
personnes dans la pièce, vous payez pour fumer, vous en assumez le coût, mais en même temps,
vous empoisonnez les autres. Et eux, ils n’ont absolument pas pris part à cette transaction.
Et donc, le prix du tabac ne reflète pas ça. Le prix des cigarettes ne prend pas en compte cette
externalité. Et on va avoir le changement climatique, et beaucoup d’autres choses, comme la
pollution, qui sont aussi des externalités négatives de la production. Dès qu’on ne les intègre pas, les
marchés échouent. Donc, en fait, c’est assez intéressant : dans le monde réel, les marchés ne
fonctionnent presque jamais comme prévu, parce qu’on n’a jamais une information parfaite. Il y a
des acteurs dominants, une forme de monopolisation, et avec le temps, la concentration des
industries s’aggrave.
Aujourd’hui, on a tendance à avoir plus de monopoles qu’il y a cent ans. Donc, en gros, comprendre
que cet aspect de l’économie est bien plus important que l’absolutisme du libre marché m’a amené à
réfléchir à d’autres explications possibles. Et puis, à un