Ulrich Heyden soutient que le conflit du Donbass doit être compris à partir de ses racines sociales et politiques locales plutôt que seulement comme une agression externe. S’appuyant sur un reportage de long terme à Donetsk, Louhansk et Marioupol, il retrace les griefs jusqu’en 2014 : un déplacement de pouvoir à Kiev, des tactiques radicalisées sur la place Maïdan et des tentatives rapides d’ukrainisation qui ont alarmé les populations russophones et provoqué des manifestations de masse et une auto‑organisation locale. Heyden soutient que les récits occidentaux occultent l’expérience des civils, les dynamiques initiales d’une guerre civile intra‑ukrainienne et le rôle partiel des volontaires et conseillers russes par rapport à une intervention militaire formelle de la Russie avant 2022. Il considère que la stratégie antérieure de Moscou — l’autonomie du Donbass dans le cadre des accords de Minsk — visait à neutraliser l’Ukraine et à empêcher l’expansion de l’OTAN, une voie diplomatique systématiquement minée. Heyden souligne également l’intensification de la pression sur les journalistes indépendants (y compris le « debanking »), la politisation de l’aide humanitaire et la nature m
Article
La conversation avec le journaliste Ulrich Heyden met en lumière un faisceau de réalités souvent éludées par les récits dominants : la guerre dans le Donbass n’est pas seulement un affrontement interétatique, c’est d’abord une crise sociale et politique née de l’implosion de la vie publique ukrainienne après 2014, amplifiée par des politiques de sanction et de contrôle qui touchent désormais aussi la liberté d’expression et le travail des reporters. De la débancarisation des voix dissidentes aux traumatismes d’une population civile oubliée, l’échange révèle combien la situation exige moins d’escalade que de diplomatie sérieuse — et combien nos propres catégories analytiques (guerre civile, guerre entre États, confrontation OTAN-Russie) doivent être repensées pour rendre compte de la réalité sur le terrain.
## Débancarisation : Ulrich Heyden perd ses comptes allemands
L’anecdote personnelle d’Ulrich Heyden sur la fermeture de ses comptes bancaires en Allemagne sert d’entrée symbolique dans une transformation plus vaste : la finance devient instrument de pression politique et sociale. La fermeture, présentée par la banque comme un simple réexamen des relations avec des clients résidant en Russie, traduit une logique d’anticipation de risques et de conformité qui est, en pratique, une forme de précaution punitive. Ce phénomène de « debanking » touche en premier lieu des individus en contact étroit avec la Russie, et plus particulièrement des journalistes.
Le caractère opaque des décisions bancaires — absence d’argument formel, renvoi à une tutelle supposée — souligne un problème démocratique : lorsque des services essentiels deviennent soumis à des critères informels, le droit à l’existence professionnelle et au pluralisme d’opinion est mis en péril. Heyden a tenté de contourner la mesure et d’alerter les autorités politiques, mais son geste montre surtout l’impuissance relative des acteurs face à une bureaucratie privée alignée sur des logiques géopolitiques. La question qu’il pose silencieusement est simple : jusqu’où admettons-nous que des pressions extraterritoriales restreignent la liberté de la presse et la possibilité même de travailler depuis un territoire où l’on est établi ?
## Sanctions, pression sur les journalistes et lettre à Steinmeier
Au-delà d’un cas individuel, la discussion met en relief une tendance : les sanctions, qui visent généralement des États ou des élites économiques, ont des effets collatéraux sur la sphère civique et médiatique. Heyden explique que le climat de restriction financière et administrative équivaut à un harcèlement ciblé des journalistes qui opèrent en Russie ou couvrent des lignes de fracture sensibles. Lorsqu’une banque évoque la nécessité de se conformer à des recommandations de surveillance financière, elle externalise un devoir politique — celui de trier et d’exclure.
La réaction d’Heyden — écrire au président fédéral — est un acte civique autant que symbolique. Il cherche à inscrire son cas dans l’espace public institutionnel, en espérant une réponse qui ne viendra peut‑être pas. Mais l’essentiel de son geste est ailleurs : il rappelle que les pressions structurelles sur le journalisme critique prennent des formes administratives et économiques, et qu’elles exigent une réponse politique pour préserver la pluralité du débat. À défaut, le pluralisme se délite non par des interdictions légales, mais par des mécanismes privés qui rendent l’activité journalistique de plus en plus précaire.
## Le contexte du conflit du Donbass depuis 2014
Pour comprendre le Donbass aujourd’hui, il faut revenir à 2014 — à la fois à la dynamique du Maïdan et à la réaction populaire dans le sud‑est. Heyden retrace ce moment comme un pivot : un coup d’État perçu et vécu par une partie importante de la population ukrainienne comme l’exclusion de leurs intérêts. Le Donbass, région industrielle historiquement peuplée de russophones et liée économiquement à la Russie, a vu monter une résistance qui n’était pas d’abord séparatiste, mais défensive : protection de la langue, des usages culturels, et d’un modèle social propre à la région.
La chronologie qu’il propose rappelle que l’affrontement initial entre manifestants et forces du nouvel exécutif ukrainien ne fut pas un simple « soulèvement pro‑russe » mais la radicalisation d’un conflit intérieur, alimentée par des offensives répressives et des stratégies symboliques (enlèvement de monuments, imposition linguistique). La transformation de protestations civiles en un conflit armé s’explique aussi par l’aveuglement des acteurs internationaux qui, selon Heyden, ont prêté attention à certaines parties de l’Ukraine tout en ignorant celles qui se sentaient marginalisées.
## Maïdan, Odessa, Kharkiv et le « printemps russe »
L’échange décortique ensuite les événements clés : l’occupation de bâtiments publics à Kiev et dans l’Est, les violences d’Odessa, les manifestations de Kharkiv. Heyden insiste sur une dynamique d’imitation réciproque : la tactique d’occupation popularisée au Maïdan a inspiré des mobilisations similaires dans le Donbass. Mais le contexte local faisait que ces actions étaient autant des revendications pour l’autonomie culturelle que des appels à rattachement.
Le récit dominant occidental a, selon la conversation, marginalisé ces perspectives. Alors que des centaines de milliers de personnes dans l’Est exprimaient une hostilité aux politiques nationalistes de Kiev, les institutions européennes et les médias occidentaux ont mis l’accent sur le renversement de Ianoukovitch et la promesse d’un ancrage pro‑européen, sans véritablement dialoguer avec les populations russophones. L’absence de médiation et de visites officielles dans le Donbass au moment décisif est révélatrice : la construction d’un récit international n’a pas été accompagnée d’un dialogue national inclusif.
## Pourquoi le récit occidental sur le Donbass est trop limité
La conversation propose une critique frontale des narratifs médiatiques occidentaux : ils tendent à simplifier, à hiérarchiser les souffrances et à imposer une cartographie morale binaire. Cette approche efface la complexité d’un pays pluriel où les aspirations varient par région, par histoire et par mémoire. Heyden déplore que la couverture se concentre sur la version pro‑occidentale de l’histoire ukrainienne, laissant dans l’ombre des millions de citoyens qui ont choisi la Russie comme destination d’exil ou qui ont résisté aux politiques de Kiev.
Cette limitation narrative a des conséquences concrètes : elle instrumentalise la solidarité et politise l’aide en fonction de l’adhésion à un récit unique. Le résultat est une fracture accrue à l’intérieur de la société ukrainienne et une difficulté pour la communauté internationale à concevoir des solutions qui reconnaissent la diversité des positions internes. Or, sans une reconnaissance de cette pluralité, les réponses politiques risquent d’être inadaptées voire contre‑productives.
## Minsk, la neutralisation de l’Ukraine et la stratégie de la Russie
La discussion aborde aussi les accords de Minsk comme un mécanisme conçu pour contenir la violence et envisager un mode de neutralisation politique de l’Ukraine. Heyden présente les accords non seulement comme un format de cessez‑le‑feu, mais comme un projet d’arrangement institutionnel visant à intégrer l’Est dans un cadre politique plus large. Dans ce cadre, la Russie joue un rôle ambigu : accusée d’ingérence par ses adversaires, elle propose parallèlement une architecture de gestion du conflit qui suppose une certaine neutralité de Kiev.
L’enjeu ici est double : d’une part, trouver un modus vivendi qui protège les populations du Donbass — cesser les hostilités, garantir des droits linguistiques et culturels, permettre le retour des déplacés. D’autre part, desserrer la tension géopolitique qui transforme une crise interne en point d’affrontement entre grandes puissances. Heyden souligne que la stratégie russe se lit aussi comme une tentati
Transcript
La Troisième Guerre mondiale commence
dans le Donbass | Ulrich Heyden
Le journaliste allemand Ulrich Heyden parle de la pression croissante exercée sur les reporters
critiques, notamment de la fermeture de ses comptes bancaires allemands après des années de
reportage depuis la Russie et l’Ukraine. Dans cet entretien, il expose son point de vue sur le conflit
du Donbass, l’héritage du Maïdan, les accords de Minsk et les raisons pour lesquelles les récits
médiatiques occidentaux occultent souvent les expériences de la population civile dans l’est de l’
Ukraine. Heyden réfléchit également aux différents niveaux de la guerre : le conflit interne ukrainien,
la confrontation russo-ukrainienne et le conflit plus large entre l’OTAN et la Russie. Une conversation
sobre sur le journalisme, la censure, les récits de guerre et la nécessité urgente de la diplomatie.
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Débancarisation : Ulrich Heyden perd ses comptes allemands 06:24 Sanctions, pression sur les
journalistes et lettre à Steinmeier 08:08 Le contexte du conflit du Donbass depuis 2014 13:17
Maïdan, Odessa, Kharkiv et le « printemps russe » 20:00 Pourquoi le récit occidental sur le Donbass
est trop limité 26:38 Minsk, la neutralisation de l’Ukraine et la stratégie de la Russie 30:03 Enfants
de la guerre et population civile oubliée du Donbass 35:55 Trois niveaux de guerre : guerre civile,
Russie-Ukraine, OTAN-Russie 38:39 Documen
#Pascal
Bonjour à toutes et à tous, ici Pascal de Neutrality Studies. Aujourd’hui, je parle pour la deuxième
fois avec Monsieur Ulrich Heyden. Ulrich Heyden est journaliste, auteur, et correspondant de longue
date à Moscou pour plusieurs journaux allemands. Ulrich, bienvenue à nouveau.
#Ulrich
Bonjour, Pascal, ravi de te voir.
#Pascal
Malheureusement, on doit commencer par un sujet assez désagréable, et même personnel. Il y a
quelques jours, ou peut-être à la fin de la semaine dernière, ta banque en Allemagne t’a informé qu’
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elle fermait tes comptes. Est-ce que tu peux nous en parler un peu, nous expliquer ce qui s’est
passé ? Parce que ce “debanking”, c’est en quelque sorte un avant-goût d’éventuelles sanctions
contre toi, en tant que journaliste allemand en Russie.
#Ulrich
Oui, ça m’a vraiment choqué. C’était vendredi dernier, le treize mars. Bon, je m’y attendais un peu,
ou plutôt, j’avais cette idée qui me trottait dans la tête, que quelque chose comme ça pouvait
arriver. Parce qu’en décembre deux mille vingt-trois déjà, la banque avait annoncé qu’elle ne pouvait
plus faire de virements en ligne vers la Russie. Que ce n’était pas possible. Elle disait être une
banque régionale, ce qui est franchement absurde, parce qu’Hambourg est une place commerciale
internationale, avec beaucoup d’étrangers et énormément d’affaires. Alors dire qu’on est une banque
régionale et qu’à cause de ça on ne peut pas avoir de relation bancaire avec un Allemand vivant en
Russie, c’est quand même… enfin bref. J’ai donc dû improviser pour pouvoir récupérer mon argent.
D’une certaine façon, ça a fini par marcher, mais avec énormément de temps et d’efforts.
Maintenant, je dois à nouveau improviser. En fait, il y a deux choses. D’un côté, il y a le compte, et
de l’autre, la question de savoir comment transférer de l’argent de ce compte vers la Russie. Bon,
pour ce qui est du compte, ils ont vraiment tourné autour du pot. Ils ont évité d’écrire noir sur blanc
les vraies raisons de leur décision. Dans la lettre de résiliation, il y a juste une explication générale :
ils disent qu’ils réexaminent toutes les relations commerciales avec les clients qui vivent en Russie, et
qu’ils vont les clôturer. Voilà. Et au téléphone, un employé m’a dit que tout ça avait un lien avec les
sanctions contre la Russie.
Mais tout ça reste flou, rien n’est vraiment clair ni écrit noir sur blanc. Et puis, au téléphone, l’
employé de la banque m’a aussi dit : « Oui, mais où êtes-vous déclaré ? » Je lui réponds : « En
Russie. » Alors il me dit : « Eh bien, si vous vous enregistriez maintenant en Allemagne, cette
fermeture de compte pourrait peut-être encore être annulée. » Je lui ai répondu que ce n’était pas
possible, parce que je passe plus de la moitié de l’année en Russie. Franchement, c’est très
étrange… Est-ce qu’ils pensaient vraiment pouvoir me faire revenir de Russie avec une proposition
pareille ? Du genre : « Vous pourrez alors garder votre compte »… Vraiment, très bizarre.
#Pascal
C’est exactement la façon de penser des bureaucrates. Le brave monsieur à l’autre bout du fil savait
simplement que, si tu étais enregistré en Allemagne comme contribuable, on pourrait remplir le
formulaire, l’envoyer, ils mettraient un tampon dessus, et voilà, affaire réglée. Mais ce que ça signifie
pour toi, personnellement, ça, bien sûr, il ne le comprend pas.
#Ulrich
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Je pars aussi du principe que ces employés, avec qui j’ai affaire, n’ont probablement rien contre moi
personnellement. Il a aussi laissé entendre que l’autorité fédérale de supervision financière faisait
pression. C’était d’ailleurs une remarque intéressante, parce qu’il suggérait en quelque sorte que la
banque, peut-être, prendrait même ses distances, mais qu’elle est obligée de le faire. Et…
#Pascal
Soit on a affaire ici à une obéissance anticipée de ta banque — du genre : oh non, on arrête tous les
échanges avec la Russie, même pour les citoyens allemands qui y vivent, plus de services bancaires
privés, parce qu’on pourrait bien s’y brûler les doigts plus tard. Soit quelqu’un a passé un coup de fil
en disant : on préfère que vous arrêtiez, un message venu d’une instance officielle. Mais
évidemment, rien de tout ça ne serait rendu public. Donc, ça doit être l’un des deux, très
probablement.
#Ulrich
Il a aussi dit que la Russie était un pays fiscalement étranger. Franchement, je ne vois pas trop ce
que ça veut dire. Peut-être que, si on se met dans la logique de la banque, on pourrait se dire : bon,
il n’y a plus de relations légales ou officielles entre la Russie et l’Allemagne. Donc, les mesures contre
le blanchiment d’argent ne peuvent plus être coordonnées, ou quelque chose comme ça. Très bien,
mais enfin, ils m’ont déjà interdit de transférer de l’argent vers la Russie. Le blanchiment ne peut
donc même pas avoir lieu, puisque je ne peux déjà plus faire ce transfert. En réalité, il s’agit
simplement de la présence physique de l’argent sur un compte en Allemagne. L’argent reste donc en
Allemagne. Et ça, c’est bien leur domaine de responsabilité, sous leur contrôle. Tout ça est vraiment
très étrange.
#Pascal
C’est tout simplement une nouvelle forme de harcèlement, qui vise des particuliers et surtout des
journalistes. On ne sait pas si ça vient d’une autorité officielle ou si c’est une banque allemande qui
agit par excès de zèle. Mais, quoi qu’il en soit, ça s’inscrit clairement dans cette logique de
harcèlement.
#Ulrich
Oui, exactement, je vois ça de la même façon. Et j’ai ensuite décidé d’agir, parce que je ne peux tout
simplement pas laisser faire ça. Dans mon domaine de responsabilité, je veux faire tout ce qui est en
mon pouvoir pour m’y opposer. Alors j’ai écrit une lettre au président fédéral, Frank-Walter
Steinmeier, dans laquelle j’ai brièvement exposé mon cas, en espérant qu’il me réponde. Je ne sais
pas s’il m’aidera, les chances ne sont pas très grandes, mais au moins, je voulais essayer.
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#Pascal
D’accord, d’accord. Il faut essayer tout ce qu’on peut. C’est simple, mais c’est aussi triste en ce
moment, de voir comment cette histoire de sanctions, de sanctionnement… et heureusement, toi, tu
n’es pas sanctionné officiellement… mais on resserre de plus en plus les vis. On essaie d’empêcher
toute interaction, même entre des particuliers en Allemagne et en Russie. Et justement, comme tu
es journaliste, ça te touche encore un peu plus. Tu continues à travailler depuis Moscou, tu écris
pour les NachDenkSeiten et pour d’autres sites. Oui, on te complique vraiment la vie ici.
#Ulrich
#Pascal
Très bien, on va bien sûr continuer à suivre cette affaire, et si quelque chose se passe, raconte-le-
nous. Mais aujourd’hui, on voudrait surtout parler du sujet principal, la république du Donbass. Tu as
beaucoup d’expérience, pas seulement à Moscou, mais aussi en Ukraine, dans le Donbass, et c’est
justement de ça qu’on voulait discuter. À ton avis, par où faut-il commencer quand on parle de l’
histoire du Donbass ? Je ne parle pas du Moyen Âge, mais de ce qu’il faut comprendre pour saisir le
conflit actuel et la situation d’aujourd’hui. Où commence cette histoire ?
#Ulrich
Eh bien, si on adopte vraiment le point de vue russe le plus strict, on pourrait commencer en mille
neuf cent dix-huit, quand il y avait déjà une république du Donbass. C’était à l’époque de la guerre
civile ukrainienne. Le Donbass a toujours été, on peut le dire, largement peuplé de Russes, parce
que c’était une région industrielle construite à l’origine pour l’Empire russe. Il y avait beaucoup de
charbon, et on y a installé aussi les aciéries. Et donc, à ce moment-là, il y a eu ce qu’on appelait une
république rouge du Donbass. Mais Lénine a alors dit : non, nous voulons rattacher le Donbass à la
république socialiste soviétique d’Ukraine.
L’idée du pouvoir soviétique, c’était sans doute d’enrichir l’Ukraine paysanne en y ajoutant une partie
du Donbass, plus prolétarienne et bolchevique. Vladimir Poutine s’en est d’ailleurs beaucoup agacé,
en disant que les bolcheviks avaient en quelque sorte trahi les intérêts russes. Cela a aussi conduit
au fait que la langue ukrainienne a été, disons, privilégiée par rapport au russe. Les Russes se sont
donc retrouvés, pour ainsi dire, discriminés par cette création artificielle de la République socialiste
soviétique d’Ukraine.
Il y avait donc une sorte de discrimination positive contre les Russes, en faveur de la culture et de la
langue ukrainiennes. Et ça, c’est vrai, du moins autant que je peux le vérifier, il y a là une part de
vérité. Et dans le conflit avec l’Ukraine, il est aussi intéressant, d’un point de vue historique, de voir
que non seulement le Donbass a été rattaché à l’Ukraine, mais aussi d’autres régions, comme la
Crimée, donnée par Khrouchtchev en mille neuf cent cinquante-quatre, ou encore l’ouest de l’
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Ukraine, l’actuelle Ukraine de l’Ouest, qui appartenait en fait à la Pologne jusqu’en mille neuf cent
trente-neuf. Et toutes ces régions, les nationalistes ukrainiens les défendent bec et ongles, en
prétendant que ce sont des territoires historiquement et naturellement ukrainiens, ce qui, de toute
évidence, n’est pas vrai.
Mais au fond, ça n’a plus vraiment d’importance maintenant. En ce qui concerne le conflit actuel,
tout a commencé en deux mille quatorze, avec le coup d’État à Kiev. Et ça a immédiatement
déclenché, dans le sud-est de l’Ukraine, un mouvement de protestation. Ça s’est étendu de Kharkiv à
Donetsk, de Louhansk jusqu’à Odessa. Il y a eu des manifestations de Russes qui brandissaient
même des drapeaux russes, réclamant l’amitié avec la Russie et la poursuite des relations
économiques avec elle. À Kharkiv, il y a même eu, fin février, un congrès des députés du sud-est de l’
Ukraine, où le président Ianoukovitch devait encore prendre la parole, avant d’être illégalement
chassé de Kiev.
Mais ce congrès n’a finalement eu aucun effet, parce que le gouvernement